La corruption vous mettra en retard : un (petit) exemple concret
Voici une situation qui pourrait sembler banale, mais elle reflète une réalité bien ancrée en Afrique, souvent ignorée ou simplement acceptée.
Il y a des endroits où je déteste aller.
Deux, en particulier :
- 🏥 Les hôpitaux
- 🏦 Les banques
Pourquoi ? C'est simple : les files d'attente interminables et ces petites manigances où certains, grâce à des passe-droits, tentent de griller tout le monde. Un jeu auquel je n'ai jamais voulu participer.
Mais parfois, on n'a pas le choix.
En novembre dernier, me voilà contraint de me rendre au centre d'Ecobank à Aghien pour renouveler ma carte de guichet.
À mon arrivée à 7h, le décor est planté : une longue file d'attente.
Pas le choix, je prends mon mal en patience.
Un "service" bien rodé
Après 30 minutes d'attente, je suis interpellé par 👮🏿♂️ "le chef du service sécurité", qui s'approche et me lance d'un ton complice :
👮🏿♂️ "Le boss... c'est comment ?"
🧑🏿💼 "Bonjour."
👮🏿♂️ "Ah, boss, toi aussi, faut pas faire les choses comme ça."
🧑🏿💼 "Ah ?"
👮🏿♂️ "Oui, ah... Quand tu viens comme ça, tu me vois, et on gère ça vite fait."
🧑🏿💼 "J'ai compris." (sur un ton sec… oui, ce matin-là, j'étais d'humeur massacrante et pas du tout disposé à jouer le jeu.)
👮🏿♂️ "Ok, donc on gère après, non ?"
🧑🏿💼 "Je dis que j'ai compris."
Surpris par ma réponse, il tourne les talons, l'air méprisant.
Les "boss" d'abord
Encore 30 minutes passent.
La banque ouvre enfin. Qui entre en premier ? Les 💼 "boss", comprenez ceux qui ont glissé un billet au fameux chef.
Quant à nous, la plèbe, nous patientons encore. Heureusement, il faisait moins chaud que d'habitude, rendant l'attente plus supportable.
Trente minutes plus tard, c'est enfin mon tour.
Mais pas sans sentir le regard pesant du chef de la sécurité.
Qu'importe... Je monte gaillardement au premier étage, guidé par un personnel d'une grande courtoisie (il faut le souligner).
Un joli coup du karma
Arrivé à l'étage, je tombe pile poil sur une conversation savoureuse entre deux employés chargés des changements de cartes :
👨🏿💼 "Bro... mais c'est qui, tous ces gens, samedi matin là ?"
👩🏿💼 "Ayi... C'est le même gars là qui les a fait monter."
👨🏿💼 "Han... Celui qui pense qu'il est le chef de l'agence ? Attends, ceux-là vont passer en dernier."
Et, surprise :
👩🏿💼 "Venez, monsieur."
🧑🏿💼 😊
En 15 minutes, ma carte fut changée.
Sous les regards furieux des "boss".
Morale de l'histoire ?
La corruption ne vous fait pas gagner du temps.
Au contraire, elle vous met tous en retard.
Jean Luc Houédanou — lanceur d'alertes amateur