Apple : la sagesse du géant
Le MacBook Neo : le luxe du bas de gamme
Apple vient de lancer ce qui est, selon ses propres standards, un ordinateur d'entrée de gamme. Ici, point de puce M5 optimisée pour les workloads les plus exigeants, mais une A18 Pro — techniquement une puce mobile, mais performante tant qu'on reste dans l'univers Apple.
À moins de 700 euros (ou 700 000 FCFA ici - taxes aidant), le MacBook Neo est une porte ouverte vers d'autres produits Apple, d'autres services Apple, d'autres abonnements Apple. Apple ne vend pas un ordinateur — Apple vend une première dose. Mais attention : cette "entrée de gamme" n'a de bas de gamme que le prix. Châssis en aluminium brossé, finitions soignées, clavier et trackpad légendaires — tout y est. En dehors des ordinateurs Framework, difficile de trouver un concurrent qui propose une telle offre de valeur à ce prix. Les autres font des sacrifices sur les composants qui se révèlent après quelques mois d'utilisation. Oui, Razer, je parle de toi. Toi aussi, HP. Qui plus est, le MacBook Neo est l'ordinateur d'Apple le plus facilement réparable — un comble pour un ordinateur Apple. L'écran, la batterie, les ports, le clavier. C'est un bon retour aux sources pour la marque à la pomme.
Cela dit, soyons honnêtes sur ce que ce prix implique. Pas de port HDMI natif. Pas de MagSafe. Et surtout — crime impardonnable pour un ordinateur de travail — une RAM soudée, non upgradable. On achète exactement ce qu'on a commandé, comme toujours chez Apple et on est condamnés à rester chez la marque à la pomme pendant la durée de vie de la machine.
L'écosystème commence là, avant même le premier abonnement iCloud.
Personnellement, je ne suis pas le public cible — comme on dit sur les bords de la lagune ébrié. Mon quotidien, c'est Docker, VS Code, Chrome, et tout l'écosystème du développement web qui tourne comme une horloge sur les puces M1 ou avec un ventilateur à fond sur un "PC Gamer". Mais la A18 Pro fait tourner MacOS sur architecture Apple Silicon, ce qui ouvre une porte inattendue : les applications iPad. LumaFusion, Koala Sampler, Lightroom — des outils que j'utilise régulièrement, et les retrouver sur un écran plus grand qu'un iPad Mini, c'est un avantage que je trouve non négligeable.
Apple Intelligence : l'IA qui ne mérite pas son nom
Posons les chiffres sur la table, parce qu'ils donnent le vertige.
Anthropic — l'entreprise derrière Claude — a levé plus de 27 milliards de dollars en 14 tours de table. Son dernier tour de table : 30 milliards en Series G, la deuxième plus grande levée de fonds privée de l'histoire, valorisant la société à 380 milliards de dollars. OpenAI, de son côté, a levé 40 milliards en mars 2025, dans ce qui reste le plus grand tour de table privé jamais réalisé. Google a annoncé jusqu'à 185 milliards de dollars de dépenses en capital cette année, en investissant massivement dans Gemini.
En face de tout ça : Apple Intelligence, avec ses 11 milliards engloutis. C'est du génie — mais pas pour les raisons qu'on croit.
Apple Intelligence est la moins bonne IA du marché — réponses à côté, génération d'images en retrait, instabilité chronique. Et Apple l'a visiblement compris avant tout le monde : l'intégration de ChatGPT ou de Gemini dans iOS n'est pas un aveu de faiblesse, c'est la confirmation d'une stratégie. Pourquoi brûler des milliards à construire ce que d'autres ont déjà construit mieux que toi ?
Ma prédiction est qu'Apple Intelligence dans sa forme actuelle ira rejoindre Bixby et Cortana. Mais contrairement à Samsung ou Microsoft, Apple ne ratera pas sa sortie. Elle intégrera proprement une IA tierce — de grâce, par pitié... Claude ou Gemini à la rigueur — avec juste ce qu'il faut d'iOS par-dessus pour que ça ressemble à du natif. Apple ne construira pas de l'IA, mais vous vendra son expérience de l'IA.
L'iPhone pliable : l'objet de désir qu'on n'a pas encore vu
Parlons d'abord de l'iPhone tout court — parce qu'il illustre parfaitement cette Apple nouvelle génération. Chaque année, la même mécanique : un design quasi identique à l'année précédente, quelques millimètres de moins, quelques grammes en moins, une puce un peu plus rapide, une caméra un peu meilleure. Les utilisateurs d'il y a deux ans se sentent légèrement en retard — et franchissent le pas (sauf moi, car j'ai toujours un iPhone 13 Pro. Il fonctionne bien.).
Le pliable, lui, est une autre histoire. Je ne sais pas exactement quand il arrivera. Peut-être bientôt. Peut-être jamais. Mais si Apple sort un iPhone pliable, voilà ce que je prédis : il sera plus fin, plus léger, et sans pli visible sur l'écran. Tout ce que Samsung n'a pas encore réussi à faire proprement. Certes Oppo a délivré une masterclass sur la question, mais Oppo n'a pas le pouvoir symbolique d'Apple.
Pour revenir à l'iPhone pliable, ce sera un pur objet de statut. Un écran de vanité, au sens le plus littéral. Puissant symboliquement, élégant visuellement — et ruineux à réparer. La pomme sait vendre des rêves.
Apple ne fait plus rêver. Apple délivre.
Apple ne fait plus rêver comme avant. Plus de "one more thing" qui retourne l'industrie. Plus de keynote qui redéfinit une catégorie entière. Ce qu'Apple fait aujourd'hui, c'est consolider, intégrer, et monétiser avec une précision chirurgicale.
Et les chiffres donnent le vertige, mais pas pour les raisons qu'on attendrait. Le chiffre d'affaires annuel d'Apple dépasse les 435 milliards de dollars sur les douze derniers mois — soit à peu près le PIB d'un pays comme l'Autriche. L'iPhone représente à lui seul plus de la moitié des revenus totaux, avec 201 milliards de dollars, tandis que le segment Services — iCloud, App Store, abonnements — a progressé de 13 % en un an. Ce n'est pas une entreprise tech. C'est une machine à abonnements habillée en aluminium brossé.
En bourse, le tableau est tout aussi parlant : l'action AAPL s'échange autour de 251 dollars aujourd'hui, pour une capitalisation boursière de 3 710 milliards de dollars — la plus grande du monde. Sur un an, le titre a progressé de plus de 15 %, après avoir atteint un sommet historique à 288 dollars en décembre 2025. Pourtant, depuis le début de l'année 2026, l'action accuse une légère sous-performance de -7,44 % — signe que les marchés attendent de voir si Apple Intelligence tiendra ses promesses, ou si elle rejoindra le cimetière des Siri trop promis.
Et franchement ? C'est rassurant. Dans un secteur où tout le monde lève des milliards pour promettre l'AGI d'ici 18 mois, avoir un acteur qui dit "on va faire ça bien, pas forcément en premier" — c'est presque subversif.
Apple ne fait plus rêver. Apple délivre. La marge brute atteint 47,2 %, au sommet des prévisions — et pour beaucoup d'utilisateurs, c'est exactement ce dont ils ont besoin.
En bref : moins de magie, plus de métier. Et un compte en banque à faire pâlir un État.
Jean Luc Houédanou — croqueur de pommes